« La baraque des prêtres » de Guillaume Zeller

Par Jean-Baptiste Noé.

Le nazisme est une idéologie fondamentalement païenne, pour laquelle le christianisme est un ennemi à abattre. Les prêtres ont été violemment persécutés par ce régime, et la persécution s’est étendue aux pays occupés. La diplomatie du Saint-Siège a œuvré pour limiter les souffrances des prêtres, et notamment pour leur permettre de disposer d’un oratoire pour célébrer la messe. C’est ainsi que furent ouverts des blocks spécifiques à Dachau, où la quasi-totalité des prêtres arrêtés a été internée. C’est la baraque des prêtres, où se sont retrouvés 2 720 religieux, prêtres et séminaristes, et où 1 034 d’entre eux sont morts.

Guillaume Zeller a recueilli de nombreux témoignages et une abondante documentation pour retracer l’histoire de cette cabane. On y découvre la perversion des directeurs de camps, et plus encore des autres prisonniers chargés de surveiller les prêtres. Leur cruauté atteint des sommets de sadisme : l’homme déshumanisé se montre d’une violence extrême à l’égard de ses confrères prisonniers. Au milieu d’un camp où la civilisation semble avoir disparu demeurent toutefois des lumières d’humanité, comme ce 17 décembre 1944 où un séminariste allemand est ordonné prêtre par l’évêque de Clermont-Ferrand.

L’auteur décrit les tortures avec une grande pudeur, de façon suffisamment explicite pour que le lecteur se rende compte de la cruauté nazie, mais sans entrer dans les détails sordides. Dans les camps où l’homme disparaît et où la civilisation s’efface dans une barbarie totale, c’est quand même l’espérance qui gagne sur la terreur. Le livre se conclut par un procès tenu à Munich en 1975. Le Père Majdanski, devenu évêque, vient témoigner des tortures qu’il a subies, et notamment des expériences médicales exercées sur lui et ses camarades de camp. Il raconte les souffrances et les agonies, les maladies et les attaques. Puis, la déposition faite, il se tourne vers son bourreau, le SS Heinrich Schütz et, lui prenant la main, lui accorde son pardon. Ce pardon n’exclut par la justice, mais il signe la défaite de la mort et des tentatives de déshumanisation : la force de l’homme a vaincu les complots diaboliques, et même les bourreaux se révèlent avoir une âme. La barbarie nazie a pu tuer des corps et des âmes, mais elle n’a pas réussi à tuer toutes les âmes, et notamment pas celle de ces prêtres. Même à Dachau, la lumière a pu continuer à briller dans un foyer spirituel.

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